Aza Mansongi est une artiste visuelle dont le regard s’est forgé en partie dans les quartiers populaires où elle a grandi. Marqués par une forte intensité, une énergie singulière, la débrouille et une grande vitalité, ces espaces constituent le point de départ de sa démarche artistique. Ils nourrissent sa réflexion sur les relations entre le corps, l’objet et l’environnement.
Un séjour de quinze ans au Cameroun a également contribué à enrichir son regard. En étant confrontée à d’autres réalités du quotidien, elle a développé un regard plus attentif aux conditions de vie, aux gestes ordinaires et aux dynamiques sociales. Cette expérience a renforcé sa sensibilité aux traces du vécu et aux transformations du corps et de la matière.
Son travail s’intéresse aux effets du temps sur les corps et les objets. Il naît de l’observation des transformations qu’ils subissent sous l’influence du temps, des conditions de vie et des pressions extérieures. Ces forces façonnent la matière et y inscrivent des traces, visibles ou invisibles, qui témoignent de leur histoire.
Pour Aza Mansongi, ces marques sont les empreintes de l’environnement sur la matière. Le corps et l’objet deviennent des espaces de mémoire, portant les signes d’une existence, d’une transformation et d’un passage dans le temps. Les fissures, les plis, les altérations ou les réparations révèlent la tension constante entre fragilité et résilience. Si elles témoignent des blessures, de l’usure ou des pressions exercées par le temps et les conditions de vie, elles traduisent aussi une capacité à résister, à s’adapter et à se reconstruire. Chaque trace devient ainsi le témoignage d’une histoire, d’une identité et d’une présence.
Sa sensibilité à ces traces trouve également son origine dans une expérience intime du geste et du corps. Durant son enfance, le fait d’avoir été amenée à modifier un geste naturel a créé une tension entre ce que son corps ressentait et ce qui lui était imposé. Cette expérience a profondément influencé son rapport au dessin, devenu un espace de liberté, de recherche et d’expression au-delà des mots. Elle a nourri son attention aux transformations silencieuses que les pressions extérieures peuvent inscrire dans les corps.
À travers sa pratique, Aza Mansongi explore les liens entre le corps, l’objet et leur environnement. Elle considère les objets non comme de simples choses, mais comme des présences porteuses d’une histoire. Ils conservent les traces des usages, des contacts et du temps qui les traverse. À l’image du corps, ils deviennent des archives sensibles de leur propre existence.
La toile et la peinture constituent son principal support d’expression, tout en restant ouvertes à l’expérimentation d’autres médiums, notamment l’installation.
Chaque œuvre commence par la préparation de la toile, une étape essentielle qui lui permet d’entrer progressivement dans l’univers de la création. Elle intervient ensuite sur la surface en intégrant des matériaux tels que des journaux, du papier de soie, des tissus ou des compresses. Ces éléments ne sont pas de simples supports : ils portent déjà des textures, des histoires et des traces qui prolongent sa réflexion sur la mémoire de la matière.
Elle poursuit avec la mise en place des couleurs de fond, dans une palette souvent nuancée, avant de réaliser le croquis qui structure la composition. Elle y représente des personnages dont les corps et les expressions se rencontrent, se superposent et parfois se fondent en une unité compacte. Cette fusion traduit l’influence de l’environnement sur les identités ainsi que les liens invisibles qui façonnent les êtres.
La couleur occupe une place essentielle dans son travail. Elle lui permet de révéler des états intérieurs, de transmettre des émotions et d’exprimer ce qui dépasse les mots. Son choix dépend de sa sensibilité et de l’énergie propre à chaque création.
Lorsque Aza Mansongi peint, le temps semble suspendu. Le processus devient un moment d’écoute, de transformation et de liberté.
À travers ses œuvres, elle cherche à rendre visibles les traces silencieuses laissées par le temps, les expériences et les interactions. Son travail invite le spectateur à considérer le corps et l’objet comme des espaces de mémoire, où chaque altération, chaque réparation et chaque transformation témoignent d’une histoire en devenir. En révélant la tension entre fragilité et résilience, sa démarche interroge la manière dont les êtres et les choses portent les marques du monde, tout en conservant leur capacité à se transformer et à persister.